Ma vie avant l’heure d’été

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Encore raté !
En raison de la crise sanitaire, l’Europe a reporté d’au moins un an l’abrogation du changement d’heure.
Alors en attendant, j’ai eu envie de vous parler « d’un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître ».
La vie que nous aurions du retrouver ce printemps 2021.
La vie avant l’heure d’été…

Nous allons donc devoir subir une nouvelle fois les conséquences du passage à l’heure d’été.
En voici un petit aperçu :
Les enfants qui ne trouvent plus le sommeil le soir, et n’arrivent plus à se lever le matin.
Les professeurs qui donnent leur première heure de cours devant des zombies.
Les parents énervés par tout ce gâchis.
Les personnes âgées en institution qui n’ont faim que lorsque que l’on leur retire leur plateau repas.
Les patient des hôpitaux qu’on réveille au moment ou ils trouvaient un peu de repos sur le matin.
Les travailleurs de nuit épuisés d’avoir perdus leur repères de sommeil.
Les agriculteurs devant changer l’heure des humains en restant à l’heure des animaux.
Les techniciens bataillant contre les bugs de changement d’heure.
Les embouteillages une heure plus tôt, avec le soleil encore haut dans le ciel ce qui accroît l’usage de la climatisation des véhicules et la production de pollution azotée.
La recrudescence des accidents de piétons du fait de la mauvaise visibilité le matin (phénomène pire encore le soir au changement d’heure d’automne)
Et plus simplement le sommeil cassé de tout les actifs qui avaient enfin trouvé leur rythme.

Et tout ça pour rien.
Le tourisme n’en n’a rien à faire. Ses horaires sont déjà ceux des clients. On décale les horloges d’une heure, alors on ouvre une heure plus tard.
L’agriculture et le bâtiment ne suivent pas les horaires de bureau, mais des horaires saisonniers.
Les retraités et les vacanciers choisissent leurs horaires pour leurs activités, ils ne sont pas concerné non plus.
Le seul intérêt de l’heure d’été, c’est le mot été.
Qui fait rêver. ..
Au point que lors d’une consultation sur internet, à la question « aimeriez vous rester en heure d’hiver ou en heure d’été ? », une majorité a répondu contre toute logique « heure d’été ».
Mais la question n’était pas « aimeriez vous rester en hiver ou en été toute l’année » !
Le questionnaire, très mal fait, n’informait en rien de ce que je suis en train de vous dire. Pourtant il suffit de se projeter dans un hiver ou vous vous lèveriez en plein cœur de la nuit, le soleil ne se lèverait que dans la matinée pour être de toute manière couché le soir au retour du travail pour comprendre que l’heure d’été en plein hiver ne serait pas seulement un non sens, ce serait un enfer…

Le changement d’heure, je le subis depuis 1976.
1976, c’est l’année ou le président Valéry Giscard-d’ Estaing veut montrer qu’il ne reste pas inactif face au second choc pétrolier. Curieusement il ne cherche pas à faire baisser la consommation de carburant dans les transports ou le chauffage des habitations, mais à faire des économies, littéralement de bout de chandelle, sur l’éclairage pourtant alimenté par la toute nouvelle énergie nucléaire. Je l’entends encore prononcer, avec son élocution tellement particulière et sa voix à la fois rocailleuse et haut perchée , « nous allons à la chasse au gaspi« .
On dirait dans le langage d’aujourd’hui que ce président qui à inventé la télé-réalité (accompagné d’une équipe de tournage, il arrivait soit disant à l’improviste dans une famille soi-disant tirée au hasard pour partager le souper « en toute simplicité ») a voulu faire « un coup de com ».

Je m’en souviens bien.
Ce fut très difficile d’entendre sonner le réveil en plein milieu d’un cycle de sommeil et de devoir se lever dans l’obscurité comme en janvier. Et le soir, ne pas arriver à s’endormir alors qu’il y avait une grosse journée de collège prévue le lendemain.
Mes parents ont râlé, puis ont fait contre mauvaise fortune bon cœur, puisque c’était pour économiser l’énergie et que la facture de fioul avait déjà triplé. On s’est habitué.
Quelle joie à l’automne de « récupérer une heure » et de revenir à quelque chose de plus normal, même si ça faisait bizarre de voir la nuit tomber plus tôt et qu’il fallait de nouveau s’habituer. Mais ça, vous connaissez très bien, c’est l’alternance des changements d’heure, inutile de retourner le couteau dans la plaie.

1997 : la preuve étant faite que ces économies sur le report de l’éclairage du soir sur le matin sont dérisoires en regard des effets catastrophiques sur la santé d’une bonne partie de la population, le Sénat propose l’abrogation pure et simple de cette mesure stupide, ce que refuse mollement l’Assemblée dans un aveuglement coupable. Car d’autres pays suivent progressivement la France dans le changement d’heure afin de résoudre les problèmes de concordances d’horaires aux frontières de ce qui devient l’espace Schengen. (Pendant ce temps de très nombreux pays hors Europe ont abrogés le changement d’heure ou sont en passe de le faire).
Et il faut une trentaine d’année de travail des associations de tous les pays pour obtenir, de l’Europe cette fois, qu’on rouvre le débat, et que l’on conclut à la nécessité de revenir à l’heure normale.

Le temps qu’il fait et le temps qui passe.
J’en viens au cœur de mon propos, qui est plus orienté vers la santé et l’énergétique.
Avant l’heure d’été, tout se passait jusqu’au mois de mars comme aujourd’hui. Le soleil se levait chaque jour un peu plus tôt, la lumière du matin filtrant à travers les volets rendait le réveil plus facile. En avril une sorte de joie printanière montait en moi sur le chemin de l’école, au milieu des champs d’oiseaux et des parfums d’arbres en fleurs. En mai, j’y allais dans le soleil. En juin, il m’arrivait de me lever plus tôt pour jouer dans ma chambre doucement illuminée par le soleil levant, ou même rejoindre mon père qui passait tôt au jardin pour arroser ou découvrir les cultures avant de se rendre au travail.
Les soirées plus longues nous permettaient de jouer dehors après l’école. Alors que s’approchaient les grandes vacances, ce temps se prolongeait jusqu’à ce que le soleil passe derrière la montagne exactement à l’heure ou ma mère nous appelait pour le repas. Mon père une fois encore travaillait son jardin dans la douceur du couchant.

Le soir, j’allais facilement au lit. Parfois mes grands frères restaient devant un épisode de la célèbre série « Les envahisseurs », et je tendais l’oreille pour capter son angoissant générique avant de sombrer dans le sommeil. Mais à cette époque les programmes de soirée des deux seules chaînes de télévision commençaient tôt. A vingt heure c’était l’émission des plus petits, de Nounours et du Marchand de sable, « Bonne nuit les petits ».
Je garde de ces années d’enfance le souvenir d’une profonde connexion aux rythmes de la nature, par la sensation, jour après jour, de faire corps avec l’évolution de la longueur de la journée et de la hauteur du soleil.

Tout en douceur.
Pendant les vacances d’été le temps semblait s’arrêter. A la mi-août cependant tout le monde faisait la remarque que « ce n’était plus l’été ». Le soir venait plus vite, nous ne pouvions plus nous attarder autant, ce qui annonçait avec douceur la prochaine rentrée des classes, le retour vers l’intérieur et le sérieux des études. En septembre il faisait encore bon se rendre à l’école dans une belle lumière. Les mois suivants elle devenait de plus en plus magique. Les couleurs de l’automne magnifiées par des reflets dorés restent gravées dans ma mémoire. Le soir tombant plus vite, il m’était plus facile de lâcher les copains sur le chemin du retour et de rentrer à la maison. A la Toussaint l’hiver pointait son nez, parfois avec les premiers flocons. C’était une joie de sentir les jours plus courts nous accompagner vers la chaleur et la douceur des maisons. Le jardin s’endormait, nous n’y allions plus.
L’année se passait ainsi, comme une grande vague sensorielle, un flux et un reflux lent et harmonieux de lumière, de parfums, de sons en synergie avec une énergies physique accordée à la saison.

Je n’ai aucun scrupule à l’affirmer : c’était mieux avant l’heure d’été.

Et si vous doutez encore, il ne vous reste qu’à attendre que nous soyons revenus à ce que j’appelle sans complexe l’heure « normale » toute l’année.
Vous verrez si j’ai raison !
En attendant, vous pouvez toujours vous préparer à vivre ces beaux matins et les couchers plus faciles en vous inspirant de la pratique du « Miracle Morning » venue des Etats-Unis : se coucher tôt et se lever tôt pour bénéficier le matin d’un temps rien qu’à soi pour faire du sport , méditer ou s’amuser avant d’aller au travail. Ce sera naturellement bien plus aisé à mettre en place lorsque l’on ne changera plus d’heure.

Reste une précision à apporter.
J’ai déjà dit que je trouve indéfendable de prétendre conserver l’heure d’été au cœur de l’hiver.
Mais je sais également que certains militent pour revenir purement et simplement à l’heure solaire. Et je peux comprendre que certaines, mal informées, soutiennent cette opinion.
Pour information, juste après guerre, il existait un changement d’heure hérité de l’occupation allemande, mais l’heure d’été était notre heure d’hiver « GMT +1 » et l’heure d’hiver était l’heure solaire « GMT », voulue pour éviter aux travailleurs de se lever inutilement tôt.
Mais très rapidement le bon sens avait imposé de rester toute l’année à la même heure.
Car au même moment une idée très simple (également hérité du temps ou le 3eme Reich avait unifié l’heure sur les territoires occupés) s’était imposée dans cette Europe à reconstruire : tous les pays auraient avantage à se caler sur le même fuseau horaire « GMT+1 » (celui de l’Italie, de la Suisse, de l’Allemagne …) afin d’éviter les soucis dans les transports et les communications.
C’est ainsi que la France a acceptée de se décaler d’une heure par rapport au soleil.
La journée typique de 6h00 à 18h00 s’est réorganisée sur 7h00 – 19h00 (c’était d’ailleurs les horaires auxquels mon père partait et revenait du travail dans ma jeunesse).
Vous en aurez la preuve si vous avez un clocher près de chez vous : l’angélus qui scande le début et la fin de journée retentit à 7 heures et à 19 heures (hormis en Alsace, située plus à l’est).
De fait tous nos horaires depuis l’après-guerre tiennent compte de ce décalage et respectent (à la notable exception de l’angélus de midi qui est resté à … midi) l’accord entre nos activités et le rythme du soleil. Revenir à l’heure solaire serait à la fois se priver de la possibilité d’une heure européenne unique et se confronter à des horaires incohérents, cette fois dans l’autre sens que celui de cette heure d’été dont nous voulons nous débarrasser.

Je vous souhaite donc bon courage pour ce nouveau changement d’heure.
Tout devrait revenir à la normale à l’automne, lors d’un ultime changement, si l’Europe fait son travail.
Ce n’est pas son seul chantier en cours, mais ce serait une belle avancée vers ce « monde d’après » plus cohérent, plus juste, plus respectueux de la nature et des hommes que nous sommes aujourd’hui si nombreux, en plein crise sanitaire, à appeler de nos vœux.

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