Ma vie avant l’heure d’été

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Encore raté !
En raison de la crise sanitaire, l’Europe a reporté d’au moins un an l’abrogation du changement d’heure.
Alors en attendant, j’ai eu envie de vous parler « d’un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître ».
La vie que nous aurions du retrouver ce printemps 2021.
La vie avant l’heure d’été…

Nous allons donc devoir subir une nouvelle fois les conséquences du passage à l’heure d’été.
En voici un petit aperçu :
Les enfants qui ne trouvent plus le sommeil le soir, et n’arrivent plus à se lever le matin.
Les professeurs qui donnent leur première heure de cours devant des zombies.
Les parents énervés par tout ce gâchis.
Les personnes âgées en institution qui n’ont faim que lorsque que l’on leur retire leur plateau repas.
Les patient des hôpitaux qu’on réveille au moment ou ils trouvaient un peu de repos sur le matin.
Les travailleurs de nuit épuisés d’avoir perdus leur repères de sommeil.
Les agriculteurs devant changer l’heure des humains en restant à l’heure des animaux.
Les techniciens bataillant contre les bugs de changement d’heure.
Les embouteillages une heure plus tôt, avec le soleil encore haut dans le ciel ce qui accroît l’usage de la climatisation des véhicules et la production de pollution azotée.
La recrudescence des accidents de piétons du fait de la mauvaise visibilité le matin (phénomène pire encore le soir au changement d’heure d’automne)
Et plus simplement le sommeil cassé de tout les actifs qui avaient enfin trouvé leur rythme.

Et tout ça pour rien.
Le tourisme n’en n’a rien à faire. Ses horaires sont déjà ceux des clients. On décale les horloges d’une heure, alors on ouvre une heure plus tard.
L’agriculture et le bâtiment ne suivent pas les horaires de bureau, mais des horaires saisonniers.
Les retraités et les vacanciers choisissent leurs horaires pour leurs activités, ils ne sont pas concerné non plus.
Le seul intérêt de l’heure d’été, c’est le mot été.
Qui fait rêver. ..
Au point que lors d’une consultation sur internet, à la question « aimeriez vous rester en heure d’hiver ou en heure d’été ? », une majorité a répondu contre toute logique « heure d’été ».
Mais la question n’était pas « aimeriez vous rester en hiver ou en été toute l’année » !
Le questionnaire, très mal fait, n’informait en rien de ce que je suis en train de vous dire. Pourtant il suffit de se projeter dans un hiver ou vous vous lèveriez en plein cœur de la nuit, le soleil ne se lèverait que dans la matinée pour être de toute manière couché le soir au retour du travail pour comprendre que l’heure d’été en plein hiver ne serait pas seulement un non sens, ce serait un enfer…

Le changement d’heure, je le subis depuis 1976.
1976, c’est l’année ou le président Valéry Giscard-d’ Estaing veut montrer qu’il ne reste pas inactif face au second choc pétrolier. Curieusement il ne cherche pas à faire baisser la consommation de carburant dans les transports ou le chauffage des habitations, mais à faire des économies, littéralement de bout de chandelle, sur l’éclairage pourtant alimenté par la toute nouvelle énergie nucléaire. Je l’entends encore prononcer, avec son élocution tellement particulière et sa voix à la fois rocailleuse et haut perchée , « nous allons à la chasse au gaspi« .
On dirait dans le langage d’aujourd’hui que ce président qui à inventé la télé-réalité (accompagné d’une équipe de tournage, il arrivait soit disant à l’improviste dans une famille soi-disant tirée au hasard pour partager le souper « en toute simplicité ») a voulu faire « un coup de com ».

Je m’en souviens bien.
Ce fut très difficile d’entendre sonner le réveil en plein milieu d’un cycle de sommeil et de devoir se lever dans l’obscurité comme en janvier. Et le soir, ne pas arriver à s’endormir alors qu’il y avait une grosse journée de collège prévue le lendemain.
Mes parents ont râlé, puis ont fait contre mauvaise fortune bon cœur, puisque c’était pour économiser l’énergie et que la facture de fioul avait déjà triplé. On s’est habitué.
Quelle joie à l’automne de « récupérer une heure » et de revenir à quelque chose de plus normal, même si ça faisait bizarre de voir la nuit tomber plus tôt et qu’il fallait de nouveau s’habituer. Mais ça, vous connaissez très bien, c’est l’alternance des changements d’heure, inutile de retourner le couteau dans la plaie.

1997 : la preuve étant faite que ces économies sur le report de l’éclairage du soir sur le matin sont dérisoires en regard des effets catastrophiques sur la santé d’une bonne partie de la population, le Sénat propose l’abrogation pure et simple de cette mesure stupide, ce que refuse mollement l’Assemblée dans un aveuglement coupable. Car d’autres pays suivent progressivement la France dans le changement d’heure afin de résoudre les problèmes de concordances d’horaires aux frontières de ce qui devient l’espace Schengen. (Pendant ce temps de très nombreux pays hors Europe ont abrogés le changement d’heure ou sont en passe de le faire).
Et il faut une trentaine d’année de travail des associations de tous les pays pour obtenir, de l’Europe cette fois, qu’on rouvre le débat, et que l’on conclut à la nécessité de revenir à l’heure normale.

Le temps qu’il fait et le temps qui passe.
J’en viens au cœur de mon propos, qui est plus orienté vers la santé et l’énergétique.
Avant l’heure d’été, tout se passait jusqu’au mois de mars comme aujourd’hui. Le soleil se levait chaque jour un peu plus tôt, la lumière du matin filtrant à travers les volets rendait le réveil plus facile. En avril une sorte de joie printanière montait en moi sur le chemin de l’école, au milieu des champs d’oiseaux et des parfums d’arbres en fleurs. En mai, j’y allais dans le soleil. En juin, il m’arrivait de me lever plus tôt pour jouer dans ma chambre doucement illuminée par le soleil levant, ou même rejoindre mon père qui passait tôt au jardin pour arroser ou découvrir les cultures avant de se rendre au travail.
Les soirées plus longues nous permettaient de jouer dehors après l’école. Alors que s’approchaient les grandes vacances, ce temps se prolongeait jusqu’à ce que le soleil passe derrière la montagne exactement à l’heure ou ma mère nous appelait pour le repas. Mon père une fois encore travaillait son jardin dans la douceur du couchant.

Le soir, j’allais facilement au lit. Parfois mes grands frères restaient devant un épisode de la célèbre série « Les envahisseurs », et je tendais l’oreille pour capter son angoissant générique avant de sombrer dans le sommeil. Mais à cette époque les programmes de soirée des deux seules chaînes de télévision commençaient tôt. A vingt heure c’était l’émission des plus petits, de Nounours et du Marchand de sable, « Bonne nuit les petits ».
Je garde de ces années d’enfance le souvenir d’une profonde connexion aux rythmes de la nature, par la sensation, jour après jour, de faire corps avec l’évolution de la longueur de la journée et de la hauteur du soleil.

Tout en douceur.
Pendant les vacances d’été le temps semblait s’arrêter. A la mi-août cependant tout le monde faisait la remarque que « ce n’était plus l’été ». Le soir venait plus vite, nous ne pouvions plus nous attarder autant, ce qui annonçait avec douceur la prochaine rentrée des classes, le retour vers l’intérieur et le sérieux des études. En septembre il faisait encore bon se rendre à l’école dans une belle lumière. Les mois suivants elle devenait de plus en plus magique. Les couleurs de l’automne magnifiées par des reflets dorés restent gravées dans ma mémoire. Le soir tombant plus vite, il m’était plus facile de lâcher les copains sur le chemin du retour et de rentrer à la maison. A la Toussaint l’hiver pointait son nez, parfois avec les premiers flocons. C’était une joie de sentir les jours plus courts nous accompagner vers la chaleur et la douceur des maisons. Le jardin s’endormait, nous n’y allions plus.
L’année se passait ainsi, comme une grande vague sensorielle, un flux et un reflux lent et harmonieux de lumière, de parfums, de sons en synergie avec une énergies physique accordée à la saison.

Je n’ai aucun scrupule à l’affirmer : c’était mieux avant l’heure d’été.

Et si vous doutez encore, il ne vous reste qu’à attendre que nous soyons revenus à ce que j’appelle sans complexe l’heure « normale » toute l’année.
Vous verrez si j’ai raison !
En attendant, vous pouvez toujours vous préparer à vivre ces beaux matins et les couchers plus faciles en vous inspirant de la pratique du « Miracle Morning » venue des Etats-Unis : se coucher tôt et se lever tôt pour bénéficier le matin d’un temps rien qu’à soi pour faire du sport , méditer ou s’amuser avant d’aller au travail. Ce sera naturellement bien plus aisé à mettre en place lorsque l’on ne changera plus d’heure.

Reste une précision à apporter.
J’ai déjà dit que je trouve indéfendable de prétendre conserver l’heure d’été au cœur de l’hiver.
Mais je sais également que certains militent pour revenir purement et simplement à l’heure solaire. Et je peux comprendre que certaines, mal informées, soutiennent cette opinion.
Pour information, juste après guerre, il existait un changement d’heure hérité de l’occupation allemande, mais l’heure d’été était notre heure d’hiver « GMT +1 » et l’heure d’hiver était l’heure solaire « GMT », voulue pour éviter aux travailleurs de se lever inutilement tôt.
Mais très rapidement le bon sens avait imposé de rester toute l’année à la même heure.
Car au même moment une idée très simple (également hérité du temps ou le 3eme Reich avait unifié l’heure sur les territoires occupés) s’était imposée dans cette Europe à reconstruire : tous les pays auraient avantage à se caler sur le même fuseau horaire « GMT+1 » (celui de l’Italie, de la Suisse, de l’Allemagne …) afin d’éviter les soucis dans les transports et les communications.
C’est ainsi que la France a acceptée de se décaler d’une heure par rapport au soleil.
La journée typique de 6h00 à 18h00 s’est réorganisée sur 7h00 – 19h00 (c’était d’ailleurs les horaires auxquels mon père partait et revenait du travail dans ma jeunesse).
Vous en aurez la preuve si vous avez un clocher près de chez vous : l’angélus qui scande le début et la fin de journée retentit à 7 heures et à 19 heures (hormis en Alsace, située plus à l’est).
De fait tous nos horaires depuis l’après-guerre tiennent compte de ce décalage et respectent (à la notable exception de l’angélus de midi qui est resté à … midi) l’accord entre nos activités et le rythme du soleil. Revenir à l’heure solaire serait à la fois se priver de la possibilité d’une heure européenne unique et se confronter à des horaires incohérents, cette fois dans l’autre sens que celui de cette heure d’été dont nous voulons nous débarrasser.

Je vous souhaite donc bon courage pour ce nouveau changement d’heure.
Tout devrait revenir à la normale à l’automne, lors d’un ultime changement, si l’Europe fait son travail.
Ce n’est pas son seul chantier en cours, mais ce serait une belle avancée vers ce « monde d’après » plus cohérent, plus juste, plus respectueux de la nature et des hommes que nous sommes aujourd’hui si nombreux, en plein crise sanitaire, à appeler de nos vœux.

Le nouvel an énergétique

Pourquoi le fêter en février ?
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Le premier jour de l’année
Définir le premier jour de la nouvelle année est un problème aussi ancien que l’invention du calendrier. Mais comment définir le début d’un nouveau cycle ? Tracez un cercle : ou se trouve le début ?
Dans la pratique il s’agit de faire coïncider une sensation de renouveau avec un évènement naturel facilement repérable et qui fasse consensus.
On se base en général sur un phénomène astronomique, le plus simple à observer étant le solstice d’hiver, c’est à dire le moment de la culmination la moins importante du soleil, le jour de sa position la plus basse sur l’horizon. Un système rudimentaire d’observation, tel qu’un simple cadran solaire, peut suffire.
On trouve aussi l’équinoxe de printemps, lorsque la jour et la nuit ont la même durée et que la hauteur du soleil est exactement entre celle du solstice d’hiver et celle du solstice d’été. Le repérage de l’équinoxe demande toutefois de posséder un observatoire pour mesurer précisément cette hauteur.
Comme certains jours le ciel est couvert, les astronomes ont du inventer des techniques basées sur le comptage des jours avant et après ces phénomènes et un report des observations astronomiques dans un calendrier pour pouvoir en assurer le relevé.

Le calendrier
Le calendrier est ensuite utilisé pour définir les jours d’activités collectives, c’est à dire les moments forts de la vie religieuse, politique, agricole …
Le jour du nouvel an est un de ces temps forts, mais comme on vient de le voir, rien ne permet d’en définir le moment sinon la convenance par rapport à un système de calcul basé sur l’observation astronomique.
De surcroît chaque calendrier pose des problèmes techniques : une année solaire dure 365,25 jours. Si l’on se base sur une année de 365 jours, il dérive d’un jour en quatre ans, soit de presque un mois en un siècle !
C’est ainsi que chez nous en occident le nouvel an s’est déplacé au gré des réformes du calendrier, jusqu’à la mise en place du calendrier grégorien, enfin stable car il rajoute une années bissextile tous les quatre ans (à l’exception d’une par siècle).
Par exemple un de ces recalage de calendrier a déplacé le nouvel an du premier janvier au premier avril, ce qui est à l’origine des farces que l’on commet ce jour là.
Le dernier mois de l’année porte le nom de décembre, « le dixième mois », témoin d’un jour de l’an bien plus tardif. Le zodiaque astrologique débute avec le signe du Bélier à l’équinoxe du printemps, actuellement le 21 mars.
Notons une anomalie qui n’a pas été empêchée par la réforme grégorienne : la fête de Noël devrait avoir lieu le jour du solstice d’hiver, soit le 21 décembre et la Saint Jean le 21 juin au solstice d’été.

Choisir le moment du nouvel an
Notre premier janvier, premier jour de notre actuel calendrier, a lieu 11 jours après le solstice d’hiver. Pourquoi ce moment de l’année ?
En réalité l’observation du soleil nous apprend que 11 jours avant le solstice d’hiver a lieu le coucher de soleil le plus précoce de l’année, après quoi les après-midi commencent à s’allonger. D’où le proverbe : « à la Sainte Luce (luce =lumière), les soirs augmentent du saut d’une puce ». Mais pendant ce temps les jours décroissent encore le matin.
De même 11 jours après le solstice d’hiver le soleil se lève au plus tard de l’année, ensuite il commence à se lever de nouveau plus tôt.
C’est cette observation qui a conduit à placer le 1er janvier au moment ou non seulement les soirs mais aussi les matins commencent à s’allonger.
C’est une jolie façon, mais pas la seule, de marquer l’entrée dans la nouvelle année que de fêter le moment ou les jours s’allongent sans ambiguïté.

Le réveil des énergies
Nous venons de voir que l’observation astronomique ne suffisait pas à définir le moment idéal pour le début d’année. Il s’agit d’un choix subjectif, ce qui explique la très grande variété des dates de nouvel an dans les différentes cultures.
Penchons nous maintenant sur le calendrier chinois qui nous intéresse particulièrement.
Le calendrier chinois est soli-lunaire, ce qui veut dire que les mois chinois sont en fait les cycles lunaires. Comme 12 lunes font moins d’un an, il existe une année à 13 lunes environ tous les trois ans.
La date du nouvel an chinois tombe entre le 21 Janvier et le 20 Février, le jour de la nouvelle lune qui se situe à mi-distance entre le solstice d’hiver et l’équinoxe du printemps.
Cette notion de mi-distance est la plus importante sur le plan énergétique: les chinois ont décidé de fixer le début du cycle solaire à ce moment clé, le 5 février dans notre calendrier.
Pourquoi ?
Si nous voulons le comprendre, il nous suffit de nous livrer, comme eux l’on fait il y a plus de 4700 ans, à une observation de la nature. Le fait le plus évident est le retour du chant des oiseaux. En janvier il est tout à fait exceptionnel d’entendre chanter une mésange ou une grive, mais dès le début février le concert commence, d’abord timidement pour s’amplifier jusqu’aux mois de mai et juin.
Les plantes se préparent de façon invisible à la monté de sève, alors même que les plus grands froids sont encore à venir. Dans le sud de la France les mimosas et les amandiers commencent à fleurir, marquant le réveil de l’énergie des plantes.
Si nous nous observons nous-même, nous verrons que nous sommes très sensibles à cette période à chaque indice de renouveau : l’émotion de voir de l’herbe verdir au pied d’un muret, la nuit qui n’est plus si noire au lever, le soleil qui se couche vraiment plus tard dans l’après-midi, et dont le rayonnement devient plus puissant en journée. Les rayons qui rentraient par la fenêtre jusqu’au fond du séjour qui se font plus courts et plus ardents.
Physiquement nous avons un peu plus d’énergie, ce qui s’accompagne d’un peu plus d’enthousiasme, de capacité à se projeter dans l’avenir.

Vivre l’intersaison énergétique
Les anciens chinois ont aussi observé que ce fragile retour d’un nouvel élan dépendait également des conditions atmosphériques du moment. Qu’il fasse bon et l’on pourrait se croire au printemps . Que le froid ou la neige nous assaille, et l’on pourrait penser que l’hiver n’en finira pas. Ils ont donc choisi de définir cette période de l’année comme une intersaison entre hiver et printemps, s’étalant du 27 janvier au 15 février.
Ces dates sont définies de la façon suivante : l’année est découpée en 5 saisons de 73 jours, la cinquième saison étant elle même répartie en quatre intersaisons de 18 jours. La première intersaison est centrée sur le 5 février (point milieu entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps) ce qui donne la période du 27 janvier au 15 février.
Tout cela peut sembler totalement arbitraire. Mais ma pratique de l’énergétique, et donc de l’observation des phénomènes naturels comme de la physiologie humaine m’ont amené à en percevoir l’extrême pertinence.
La notion de cinquième saison et de son rapport avec l’énergie de la Terre en médecine chinoise demandera d’autres développements, mais notons ceci :
jusqu’à la fin janvier, nous nous sentons vraiment dans l’énergie de l’hiver, même en cas de redoux ou de beau temps extraordinaire.
A partir de mi-février, nous nous sentons emportés par les projections d’avenir, l’année précédente nous semble déjà loin, qu’il neige ou qu’il vente.
J’observe sur mes patients en cette intersaison une augmentation des plaintes d’état d’irritabilité, de douleurs erratiques, de réveils nocturnes qui sont typiques du printemps.

En conclusion, le nouvel an chinois nous indique une période de l’année pendant laquelle nous sortons progressivement de l’intériorité hivernale pour nous projeter avec une énergie croissante vers l’avenir. Cette sensation de renouveau dépend cependant des conditions climatiques.
Pourquoi ne pas en profiter : s’il fait beau et doux pour faire quelques travaux de jardinage (c’est la période de la taille des arbres) ou faire de belles sorties en nature, et s’il fait mauvais, de paresser encore un peu sous la couette ou au coin du feu.
Dans tous les cas , le printemps de l’énergie n’est plus très loin.
Bonne intersaison à vous.

L’hiver énergétique

Photo Etienne Lang

Qu’appelle-t-on hiver ?
Pour le calendrier, c’est la saison qui débute le 21 décembre. En météorologie, ce sont les trois mois froids de décembre, janvier et février. Pour ce qui est de la physiologie humaine, c’est la période des jours les plus courts centrée sur le solstice d’hiver.
En Médecine Traditionnelle Chinoise, l’année est répartie en « cinq saisons », mais en réalité la « cinquième saison » est constituée des quatre périodes intermédiaires qui permettent de passer d’une énergie à une autre. L’hiver commence donc au 15 novembre, est à son maximum au 21 décembre et s’achève au 27 janvier. Il est suivi par une intersaison de 18 jours qui peut le prolonger si le temps est froid et maussade ou au contraire préfigurer l’énergie d’un printemps précoce.

Dans le cycle annuel, l’hiver énergétique est une période de repos que l’on pourrait comparer au milieu de la nuit dans le cycle d’une journée. Cela est du notamment à la production importante de mélatonine, l’hormone du sommeil dont le taux augmente dès que le soleil se couche. La fatigue ressentie dès le début de soirée peut-être désagréable, pourtant elle n’a rien de pathologique, c’est une incitation naturelle à mettre tout l’organisme au repos, sur un mode de récupération. Nous devrions accepter de dormir plus et de remettre à plus tard tout ce qui n’est pas urgent.
L’état d’intériorisation, de nostalgie, voir de grande lassitude qui l’accompagne n’est pas plus anormal et nous ne devrions pas nous en inquiéter, mais au contraire en profiter pour faire une sorte de nettoyage émotionnel de fin d’année avant de nous projeter vers l’avenir.

La nature est bien faite, comme m’en témoignait un voisin et ami âgé, qui se souvenait avoir vécu dans sa jeunesse la rude vie des paysans de montagne : « le soir, on faisait la veillée, mais la lumière de la lampe à pétrole était bien faible, alors on allait se coucher tôt. On dormait énormément, tellement que mon oncle qui s’était écrasé un disque vertébral était resté allongé tout l’hiver, et s’était relevé tout neuf, tout guéri. En février on n’en pouvait plus de dormir, on répandait de la cendre sur la neige pour la faire fondre, on était en forme, impatients de se remettre au travail. Aujourd’hui, il y a la lumière électrique, la télévision, ces fêtes de Noël et de Nouvel An ou l’on mange trop, on s’agite pour des cadeaux, ou l’on fait des sport d’hiver. On sort de là épuisé au lieu d’être reposé, et évidement on tombe malade… »

Notre organisation sociale, notre mode de vie basé bien plus sur la continuité des services que sur le rythme des saisons ne nous permet plus de respecter ce rythme biologique. Néanmoins il nous est possible de limiter les dégâts provoqués sur notre organisme en suivant quelques règles simples : éviter les soirées qui trainent inutilement en longueur, et aller se coucher tôt. Anticiper les préparatifs des fêtes et vivre une période de Noël plus authentique, plus reposante. Et surtout, remettre à plus tard (c’est à dire au mois de février) tout ce qui peut l’être. L’énergie reviendra et ce qui mettrait des jours à se faire à contrecœur pourra se réaliser en quelques heures avec enthousiasme.

Le bénéfice d’une saison énergétique hivernale bien gérée est difficile à imaginer tant que l’on ne l’a pas vécu. Pourtant il peut être immense. J’en veux pour preuve ce témoignage d’un ami avec le quel nous étions sortis en raquette au mois de décembre. Il s’était agacé de me voir marcher lentement et refuser de monter jusqu’au sommet. J’avais argumenté sur la théorie de la médecine traditionnelle chinoise et le respect des rythmes naturels. Piqué au vif, il s’était pris au jeu. Quelques mois plus tard il me racontait : « c’est incroyable, au printemps, je me suis senti dans une forme olympique, et le plus fort c’est que ça dure. A simplement réduire mes entrainements pendant deux mois, c’est toute ma saison d’été qui y a gagné. Voilà dix ans que je ne m’étais pas senti autant en forme ! ».

J’ai recueilli également le témoignage d’une personne qui avait terriblement échoué à un concours crucial pour sa carrière, alors même qu’elle avait travaillé dur de décembre jusqu’à l’échéance du mois de mars. Je lui avais alors conseillé une stratégie audacieuse : pour la seule et unique session à laquelle elle pouvait se représenter, il lui faudrait… ne rien faire jusqu’à fin janvier. « Rien ? »
-Rien du tout, repos absolu.
-Sûr ? Mais le concours est le 10 mars !
-Absolument. Ensuite, de fin janvier à mi février, lecture, remise en mémoire de toutes les notions, sans forcer. Puis jusqu’au concours, cette fois bachotage intensif.
– ça me parait fou, mais je ne me sens pas capable de toute manière de revivre la même chose que l’hiver passé, à tenter d’étudier alors que toute mon âme et tout mon corps aspirait au repos.
J’avais reçu plusieurs coups de fils inquiets en décembre et en janvier, mais elle s’y était tenue. Le résultat avait dépassé ses espérances : sortie major du concours, elle avait été recrutée immédiatement pour un poste dont elle n’avait même pas osé rêver.

Plus tard, j’ai entendu une interview de Cyrille Neveu, le champion du monde de triathlon qui confirmait tout cela parfaitement. Il répondait à cette simple question du journaliste : accepteriez- vous de nous révéler quel est votre secret pour gagner ?
– Mais c’est un secret de polichinelle ! L’hiver, c’est à dire en novembre, décembre et janvier, plutôt que de m’entrainer, je me repose. 15 kilomètres par jour de ski de fond, c’est tout, pas de piscine non plus. En février, c’est vrai que je suis derrière les jeunes. Ensuite, je suis devant jusqu’en octobre !

En résumé, l’hiver est fait pour se reposer, recharger les batteries (ce que la médecine traditionnelle chinoise appelle « préserver et remonter l’énergie du Rein »), réparer l’organisme, évacuer le stress de l’année écoulée. Les semaines de janvier sont précieuses, elles doivent être consacrées à cela car dès que les jours s’allongent significativement au cours du mois de février, on repart dans un nouvel élan (ce qui est marqué traditionnellement par le nouvel an chinois).
Faites bon usage de ces derniers moments de repos.
Et passez une très bonne nouvelle année.