Le nouvel an énergétique

Pourquoi le fêter en février ?
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Le premier jour de l’année
Définir le premier jour de la nouvelle année est un problème aussi ancien que l’invention du calendrier. Mais comment définir le début d’un nouveau cycle ? Tracez un cercle : ou se trouve le début ?
Dans la pratique il s’agit de faire coïncider une sensation de renouveau avec un évènement naturel facilement repérable et qui fasse consensus.
On se base en général sur un phénomène astronomique, le plus simple à observer étant le solstice d’hiver, c’est à dire le moment de la culmination la moins importante du soleil, le jour de sa position la plus basse sur l’horizon. Un système rudimentaire d’observation, tel qu’un simple cadran solaire, peut suffire.
On trouve aussi l’équinoxe de printemps, lorsque la jour et la nuit ont la même durée et que la hauteur du soleil est exactement entre celle du solstice d’hiver et celle du solstice d’été. Le repérage de l’équinoxe demande toutefois de posséder un observatoire pour mesurer précisément cette hauteur.
Comme certains jours le ciel est couvert, les astronomes ont du inventer des techniques basées sur le comptage des jours avant et après ces phénomènes et un report des observations astronomiques dans un calendrier pour pouvoir en assurer le relevé.

Le calendrier
Le calendrier est ensuite utilisé pour définir les jours d’activités collectives, c’est à dire les moments forts de la vie religieuse, politique, agricole …
Le jour du nouvel an est un de ces temps forts, mais comme on vient de le voir, rien ne permet d’en définir le moment sinon la convenance par rapport à un système de calcul basé sur l’observation astronomique.
De surcroît chaque calendrier pose des problèmes techniques : une année solaire dure 365,25 jours. Si l’on se base sur une année de 365 jours, il dérive d’un jour en quatre ans, soit de presque un mois en un siècle !
C’est ainsi que chez nous en occident le nouvel an s’est déplacé au gré des réformes du calendrier, jusqu’à la mise en place du calendrier grégorien, enfin stable car il rajoute une années bissextile tous les quatre ans (à l’exception d’une par siècle).
Par exemple un de ces recalage de calendrier a déplacé le nouvel an du premier janvier au premier avril, ce qui est à l’origine des farces que l’on commet ce jour là.
Le dernier mois de l’année porte le nom de décembre, « le dixième mois », témoin d’un jour de l’an bien plus tardif. Le zodiaque astrologique débute avec le signe du Bélier à l’équinoxe du printemps, actuellement le 21 mars.
Notons une anomalie qui n’a pas été empêchée par la réforme grégorienne : la fête de Noël devrait avoir lieu le jour du solstice d’hiver, soit le 21 décembre et la Saint Jean le 21 juin au solstice d’été.

Choisir le moment du nouvel an
Notre premier janvier, premier jour de notre actuel calendrier, a lieu 11 jours après le solstice d’hiver. Pourquoi ce moment de l’année ?
En réalité l’observation du soleil nous apprend que 11 jours avant le solstice d’hiver a lieu le coucher de soleil le plus précoce de l’année, après quoi les après-midi commencent à s’allonger. D’où le proverbe : « à la Sainte Luce (luce =lumière), les soirs augmentent du saut d’une puce ». Mais pendant ce temps les jours décroissent encore le matin.
De même 11 jours après le solstice d’hiver le soleil se lève au plus tard de l’année, ensuite il commence à se lever de nouveau plus tôt.
C’est cette observation qui a conduit à placer le 1er janvier au moment ou non seulement les soirs mais aussi les matins commencent à s’allonger.
C’est une jolie façon, mais pas la seule, de marquer l’entrée dans la nouvelle année que de fêter le moment ou les jours s’allongent sans ambiguïté.

Le réveil des énergies
Nous venons de voir que l’observation astronomique ne suffisait pas à définir le moment idéal pour le début d’année. Il s’agit d’un choix subjectif, ce qui explique la très grande variété des dates de nouvel an dans les différentes cultures.
Penchons nous maintenant sur le calendrier chinois qui nous intéresse particulièrement.
Le calendrier chinois est soli-lunaire, ce qui veut dire que les mois chinois sont en fait les cycles lunaires. Comme 12 lunes font moins d’un an, il existe une année à 13 lunes environ tous les trois ans.
La date du nouvel an chinois tombe entre le 21 Janvier et le 20 Février, le jour de la nouvelle lune qui se situe à mi-distance entre le solstice d’hiver et l’équinoxe du printemps.
Cette notion de mi-distance est la plus importante sur le plan énergétique: les chinois ont décidé de fixer le début du cycle solaire à ce moment clé, le 5 février dans notre calendrier.
Pourquoi ?
Si nous voulons le comprendre, il nous suffit de nous livrer, comme eux l’on fait il y a plus de 4700 ans, à une observation de la nature. Le fait le plus évident est le retour du chant des oiseaux. En janvier il est tout à fait exceptionnel d’entendre chanter une mésange ou une grive, mais dès le début février le concert commence, d’abord timidement pour s’amplifier jusqu’aux mois de mai et juin.
Les plantes se préparent de façon invisible à la monté de sève, alors même que les plus grands froids sont encore à venir. Dans le sud de la France les mimosas et les amandiers commencent à fleurir, marquant le réveil de l’énergie des plantes.
Si nous nous observons nous-même, nous verrons que nous sommes très sensibles à cette période à chaque indice de renouveau : l’émotion de voir de l’herbe verdir au pied d’un muret, la nuit qui n’est plus si noire au lever, le soleil qui se couche vraiment plus tard dans l’après-midi, et dont le rayonnement devient plus puissant en journée. Les rayons qui rentraient par la fenêtre jusqu’au fond du séjour qui se font plus courts et plus ardents.
Physiquement nous avons un peu plus d’énergie, ce qui s’accompagne d’un peu plus d’enthousiasme, de capacité à se projeter dans l’avenir.

Vivre l’intersaison énergétique
Les anciens chinois ont aussi observé que ce fragile retour d’un nouvel élan dépendait également des conditions atmosphériques du moment. Qu’il fasse bon et l’on pourrait se croire au printemps . Que le froid ou la neige nous assaille, et l’on pourrait penser que l’hiver n’en finira pas. Ils ont donc choisi de définir cette période de l’année comme une intersaison entre hiver et printemps, s’étalant du 27 janvier au 15 février.
Ces dates sont définies de la façon suivante : l’année est découpée en 5 saisons de 73 jours, la cinquième saison étant elle même répartie en quatre intersaisons de 18 jours. La première intersaison est centrée sur le 5 février (point milieu entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps) ce qui donne la période du 27 janvier au 15 février.
Tout cela peut sembler totalement arbitraire. Mais ma pratique de l’énergétique, et donc de l’observation des phénomènes naturels comme de la physiologie humaine m’ont amené à en percevoir l’extrême pertinence.
La notion de cinquième saison et de son rapport avec l’énergie de la Terre en médecine chinoise demandera d’autres développements, mais notons ceci :
jusqu’à la fin janvier, nous nous sentons vraiment dans l’énergie de l’hiver, même en cas de redoux ou de beau temps extraordinaire.
A partir de mi-février, nous nous sentons emportés par les projections d’avenir, l’année précédente nous semble déjà loin, qu’il neige ou qu’il vente.
J’observe sur mes patients en cette intersaison une augmentation des plaintes d’état d’irritabilité, de douleurs erratiques, de réveils nocturnes qui sont typiques du printemps.

En conclusion, le nouvel an chinois nous indique une période de l’année pendant laquelle nous sortons progressivement de l’intériorité hivernale pour nous projeter avec une énergie croissante vers l’avenir. Cette sensation de renouveau dépend cependant des conditions climatiques.
Pourquoi ne pas en profiter : s’il fait beau et doux pour faire quelques travaux de jardinage (c’est la période de la taille des arbres) ou faire de belles sorties en nature, et s’il fait mauvais, de paresser encore un peu sous la couette ou au coin du feu.
Dans tous les cas , le printemps de l’énergie n’est plus très loin.
Bonne intersaison à vous.

Psychopathologie : dans la tête de Trump, l’inversion.

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L’ex président américain a réussi à faire beaucoup fait parler de lui, mais aussi à faire le vide autour de lui, jusqu’à cette fin de mandat inédite : il est parti en laissant une jolie lettre à son successeur après avoir provoqué les émeutes du Capitol.
Donald Trump est-il fou ? Ou bien manipule-t-il tout le monde en brouillant les pistes ? Bien des hypothèses ont été avancées, mais existerait-il une clé de compréhension qui permettrait de comprendre ses comportements apparemment imprévisibles ? Nous avançons que oui : cette clé s’appelle … l’inversion.

Donald Trump est-il fou ?
Des spécialistes, des psychiatres ont été interrogés à son sujet. Leurs analyses permettent de cerner un peu plus sa personnalité : est-il schizophrène ? ou bien paranoïaque ? Rien ne permet de l’affirmer, notamment parce qu’il a des relations relativement normales avec sa famille et qu’il n’est pas connu pour avoir de véritables accès de délire.
S’il sait mentir ouvertement, il n’est pas pour autant complètement mythomane.
S’il est vrai qu’il s’est montré souvent capable d’humilier publiquement des personnes, il ne correspond pas complètement à la définition du pervers narcissique.
Et il ne joue pas assez finement des sentiments des gens pour être qualifié de pervers manipulateur.
Il semble vouloir toujours plus d’argent et de pouvoir. Une certaine dose de mégalomanie fait partie de son caractère, ainsi qu’une forte impulsivité mais il est reconnu que cela est fréquent, voir presque systématique chez toutes les personnes qui disposent d’une grande liberté d’action du fait de leur situation sociale. Cette « folie du pouvoir » est autant le résultat d’une situation que d’un trait de personnalité.
Le trait le plus caractéristique reconnu par tous ceux qui l’ont approché est sans nul doute un degré d’empathie proche de zéro. Pourtant il n’est pas un monstre froid, et comprend l’humour, dont il se sert volontiers pour obtenir ce qu’il désire. Et s’il est souvent colérique, il n’est pas systématiquement haineux.
Mais ce que tout le monde peut constater, c’est sa tendance à renverser les valeurs, à se conduire de façon contraire à l’éthique, à commencer toute relation par de l’opposition, un rapport de force, une agression.
Cette attitude antisociale, non diplomatique, choquante, et souvent désastreuse même si elle elle lui a apporté une certaine popularité, un certain succès est à la source de l’inquiétude qui s’est exprimée, et s’exprime encore aujourd’hui, à son sujet.
Certains ont cerné ce comportement caractériel en surnommant Trump « Mister No ».
Nous allons voir que cette expression est tout à fait justifiée.

Trump serait-il « branché à l’envers » ?
Sa nièce Mary Trump psychologue de formation, s’est intéressée de près au cas Trump et a fait part de son analyse dans un ouvrage paru l’été 2020 Too Much and Never Enough: How My Family Created the World’s Most Dangerous Man (ed. Simon&Schuster) . Elle explique notamment comment son père était méprisé et « moqué » par son grand-père « dominateur », Fred Sr. Et comment Donald Trump, sept ans plus jeune que Fred Junior, a appris « à mentir pour se mettre en valeur » après avoir été témoin des humiliations subies par son aîné .Elle décrit un climat familial de « convoitises, trahisons et tensions fratricides » pour expliquer comment Donald Trump a acquis des « comportements tordus ». « Les pathologies de Donald sont si complexes et ses comportements souvent si inexplicables qu’établir un diagnostic complet demanderait toute une batterie de tests psychologiques et neurophysiques qu’il ne passera jamais ».
En effet pour intéressante qu’elle soit, la vision offerte par cette étude est un mélange complexe de différentes tendances plus ou moins pathologique, et l’on peine à trouver la ligne directrice qui permettrait de qualifier facilement le personnage.
Il m’est pourtant apparu, et ce dès que j’ai commencé à connaître les faits et geste du présidents Trump à travers l’actualité, qu’il existe une notion de psychopathologie qui pourrait lui correspondre, qui rendrait parfaitement compte de son comportement de « Mister No » et permettrait d’élucider une bonne part du mystère.
Il s’agit de la notion d’inversion.

L’Inversion.
Le terme d’inversion au sens psychopathologique a été précisément défini par le docteur Salomon Sellam dans son ouvrage intitulé « l’inversion ou la négative attitude » (Editions Bérangel)
Il y décrit ce mécanisme psychique avec son diagnostique, sa prise en charge et son traitement. On y trouve de précieux éclaircissement sur des notions déjà utilisées en psychanalyse et en psychologie telles que la formation réactionnelle négative, l’auto-sabotage, les attitudes paradoxales etc.…
Nous allons voir dans les grandes lignes ce qu’est l’inversion et surtout comment elle permettrait d’expliquer les comportements déroutants de l’ex président.
Pour dire les choses simplement, l’inversion est une attitude, généralement inconsciente, de protection psychique qui opère un retournement de valeur. C’est en quelque sorte une phobie de la normalité.
Le plus simple pour parler de l’inversion, c’est d’évoquer des exemples de la vie courante. Il y a certainement des personnes plus ou moins inversées autour de vous, et peut-être découvrirez-vous que vous êtes-vous aussi à l’occasion capable d’inversion.
Par exemple une personne qui systématiquement détourne le regard quand vous lui dites bonjour mais qui se plaint si vous oubliez de lui dire bonjour manifeste une inversion. Telle autre personne qui se met systématiquement dans des situations compliquées, semble s’y complaire, et vous remet violemment à votre place si vous tentez de l’aider est également inversée. Peut-être connaissez-vous aussi une personne qui peut passer des heures à raconter tous les malheurs qui lui arrivent avec un ton détaché, et même une sorte de satisfaction ? L’inversion se manifeste aussi dans des actes tels que dépenser tout son argent de sortes d’avoir toujours son compte à découvert, vivre une succession de rencontres amoureuses désastreuses, s’arranger pour échouer dès que le succès est proche, se couvrir de ridicule lorsque l’on est honoré etc.

L’inversion est une attitude dans la vie qui peut sembler complètement folle et autodestructrice, mais elle a sa raison d’être. C’est une protection psychique, une façon d’échapper à un ressenti trop négatif, à des émotions trop déstabilisantes, généralement acquise dès la naissance ou dans l’enfance à la suite de traumatismes. Elle peut être également acquise par imitation de l’attitude parentale.
Il arrive qu’une personne prenne conscience de son inversion, elle déclare alors généralement quelque chose du genre « me sentir bien me met mal à l’aise », « le sentiment de sécurité me fait peur », « je ne peux rien faire comme tout le monde »…
Il est important de remarquer qu’une personne est rarement inversée sur tous les sujets : un tel ne sera pas capable d’être heureux en amour mais connaîtra la réussite professionnelle, telle autre sera à l’aise en société mais plongera dans les pires difficultés financières.

D’où peut provenir l’inversion ?
Dans l’ouvrage du Dr Salomon Sellam sont décrits de nombreux exemples de situations contraires à l’épanouissement de l’enfant qui finissent par induire une représentation paradoxale du monde dans lequel il vit.
Toutes ces situations ont en commun d’être à l’inverse de ce qui peut être attendu dans l’enfance : le fait de naître fille alors qu’était attendu un garçon, ou le contraire.
Ne pas être un enfant de l’amour, mais d’une relation accidentelle ou non consentie.
Ne pas être l’enfant du bonheur mais d’être plutôt un problème pour les parents, tel que l’enfant de trop, l’enfant qui oblige à un déménagement, qui impose de renoncer à des études pour trouver rapidement un travail.
Ne pas être conforme à ce qui est attendu, ne pas avoir la même corpulence, les même cheveux, le même caractère que les autres membres de la famille, ce qui met un doute sur la paternité.

Si l’on s’en tient à sa biographie officielle, et plus encore aux révélations de sa nièce, Donald Trump est né dans une famille particulièrement favorable à l’inversion. Certains diraient une famille tordue.

Le domaine d’inversion de Trump : la bienséance impossible ?
Étudions déjà en quoi il n’est pas inversé. Il est assez clair qu’avoir de l’argent ne le met pas
mal à l’aise. Avoir du pouvoir non plus. Comme beaucoup de gens il est heureux d’avoir une famille. Il apprécie la notoriété, il souhaite être au centre de l’attention. Rien que de très normal.
Voyons maintenant quand son comportement devient paradoxal : à chaque fois qu’il est en situation de se montrer courtois, il devient odieux.
Et lorsque son publique s’attend à ce qu’il dise des horreurs, il se met à parler plus posément. Lorsqu’il déclare quelque choses de choquant, il dit le lendemain à peu près le contraire. Lorsqu’on attend de lui qu’il se montre responsable, il se conduit de manière inconséquente. Lorsqu’on s’attend à ce qu’il se montre inconséquent, il devient un peu plus responsable.
Et tout cela de façon automatique, non calculée, impulsive, quitte à devoir assumer des contradictions insurmontables, le plus parfait exemple etant sa déclaration soufflant le chaud et le froid sur ses partisans et aboutissant à la manifestation qui a dégénéré au Capitol le jour de le reconnaissance officielle de sa défaite aux élections, suivie d’un appel au calme tout autant paradoxal.

Voyons enfin ce qu’il semble tenter d’éviter à tout prix.
Imaginez-vous qu’il puisse être à l’aise si vous le considérez comme gentil, généreux, avenant, courtois ?
Pensez-vous qu’il puisse supporter d’être correct, discipliné, responsable, rassurant, et même logique vis à vis de son public ?
Mon point de vue est que Trump est inversé à la relation sociale.
J’émets l’hypothèse qu’il lui est insupportable de rentrer dans une relation sociale constructive, basée sur l’estime réciproque. Au contraire il peut se détendre lorsqu’il est mal considéré, mal aimé, critiqué, hué. Il est complètement lui-même lorsque les passions se déchaînent devant lui, lorsqu’il suscite des sentiments négatifs, de la controverse, de l’hostilité. C’est exactement le climat dans lequel il a été élevé, ou plutôt maltraité.
Il se sent obligé de mépriser qui l’admire, repousser qui voudrait l’aborder avec humanité. Mais il se sent en sympathie avec tous les râleurs, opposants, ennemis, avec tous ceux qui manifestent la même inversion que lui, avec tout ceux qui sont rejetés pour leur attitude antipathique.
Une telle inversion coûte chère : elle a comme conséquence de n’avoir aucun amis, d’être constamment en recherche d’un équilibre impossible à trouver, d’être sans cesse en train de s’éloigner de ce qui fait le bonheur des autres êtres humains. Elle mène souvent à un destin tragique. C’est en général un vrai visa pour le malheur.
Effectivement les choses ont commencé à déraper sérieusement lorsque, ne parvenant plus assumer ces contradictions, il a trouvé refuge dans un déni formulé par des anglicismes qui nous sont bien connus maintenant : fake news , alternative truth. La vérité étant à l’inverse
qualifiée de bullshit.
La notion de vérité alternative ne fait que renvoyer à l’enfance de Donald Trump : celle-ci n’a été qu’un déni de sa vrai personnalité, qu’un mensonge au sujet du monde et des relations humaines.

Trump, un inversé qui a réussi ?
Des personnes présentant un comportement inversé peuvent parfois en tirer parti. J’ai connu un grand spécialiste des araignées qui avait atteint un bon degré de reconnaissance sociale grâce à son intérêt pour « ces petites bêtes que tout le monde déteste mais qui me plaisent justement pour cela, parce qu’elles sont comme moi  » disait-il.
Son inversion semblait provenir de problèmes de peau survenus dès la plus petite enfance, qui avaient eu pour conséquence un rejet social fort mais peu exprimé. Il en avait conçu un dégoût pour tout ce qui était doux, beau et agréable, et se complaisait dans l’inconfort et d’une façon générale dans tout ce qui est mal aimé de la plupart des humains.
Bon nombre de métiers particulièrement déplaisants ou risqués offrent de bonnes opportunités professionnelles et sociales à des personnes sujettes à une inversion.

C’est certainement le cas pour Trump qui à su faire de son comportement paradoxal le moteur de son ascension dans le monde des affaires, puis de son show télévisé, et enfin de son show politique.
Cela lui a certainement valu de nombreux succès dans l’immobilier, car il a fait des choix irrationnels qui ont surpris ses concurrents et lui ont permis de gagner par ce qui apparaissait comme des coups de bluff bien calculés. Mais j’avance qu’il s’agissait plutôt d’une « prime au culot » par défaut.
L’inversion lors de la prise de parole est prisée dans le monde audiovisuel, c’est un trait de personnalité très courant parmi les animateurs d’émissions les plus populaires. Car l’inversion agace considérablement, mais fascine parce qu’elle est incompréhensible au sens commun, littéralement impensable, et réellement surprenante, souvent tragi-comique.
C’est un ressort narratif inépuisable. C’est de l’imprévu garanti, du dépassement des bornes qui est inattaquable car il n’est pas motivé par la haine mais par le besoin de toujours se comporter de manière incorrecte, irrespectueuse, non politiquement correcte. L’animateur de show radiophonique ou télévisé qui marche sur cette corde raide suscite du dégoût souvent mais de l’intérêt toujours car il amuse, et exprime (le plus souvent sans le vouloir) des ressentis violents refoulés par ceux qui l’écoutent.
Le risque de laisser la parole à de tels personnages est bien connu : la farce dégénère et la violence fait irruption dans ce spectacle. C’est la thématique du film « le Roi Pêcheur  » de Terry Gilian avec Robin William. L’animateur radio s’amuse à se montrer politiquement incorrect, provocateur, à jouer sous prétexte d’humour à attiser la haine, jusqu’au jour ou l’un de ses auditeurs prends ses propos au sérieux et se livre à un massacre dans un restaurant.
C’est bien ce genre de personnalité qui avait pris la tête des Etats-Unis, qui possédait le code de la bombe atomique et qui a fini par provoquer des émeutes sanglantes.

Pourquoi Trump a-t-il eu le vent en poupe ?

Un enfant inversé est vite en difficulté, mais ne laisse pas indifférent, et s’adapte. L’enfant qui se comportait de façon « bizarre et paradoxale » dans la cours de l’école, et à qui l’on pardonnait parce qu’il vivait dans une situation pas simple dans sa famille, et aussi parce qu’il faisait rire et apportait un peu de folie dans un monde trop sérieux, compensait le rejet par le fait de devenir objet d’attention. Cet enfant devenu grand a trouvé une place dans laquelle il est pris en considération. Il est craint car il ne respecte rien, il est suivi par les autres inversés, et par ceux qui recherchent une personnalité forte et novatrice.
Or il y a toujours un risque qu’une société toute entière connaisse une inversion des valeurs. En tout cas au Etats-Unis c’est une bonne proportion de la population qui est devenue inversée, ainsi que bon nombres de députés qui ont perdu de vu l’importance qu’un dirigeant se comporte de façon relativement normale.
Se comporter normalement, comprenez « de façon sociale, travailleuse, courtoise, confiante » n’est plus depuis de nombreuses années le gage de la réussite et du bonheur pour une part de plus en plus grande de la société. Le creusement des inégalités sociales, l’inadéquation du discours et des actes au plus haut niveau de la vie politique sont de plus en plus ressentis comme une agression à laquelle seule une réaction anti-système peut répondre.
Rationnellement, l’attitude juste serait de tenter de reprendre le pouvoir en tant que citoyen et de rétablir une justice et une justesse politique. Mais cela ne semble plus possible. Alors émotionnellement, ce qui paraît juste à une part croissante de la société, c’est de se méfier de ce qui était jusque là digne de confiance, et de faire confiance à ce dont il fallait se méfier.
Inévitablement, une inversion en rencontre une autre et elles s’allient.

Trump serait-il finalement prévisible ?

Si nous avons raison d’avancer que Trump est un adepte malgré lui de la « négative attitude sociale », alors il devient possible de comprendre les déclarations qu’il a faites et les décisions qu’il a prises, et celles qu’il prendra.
Le point essentiel est le suivant : il n’existe aucun point de vu stratégique ou politique dans ses déclarations qui puisse surpasser son besoin d’exprimer sa « négative attitude ».
Sitôt qu’apparaît une situation dans laquelle il prend sa mine boudeuse d’enfant de 5 ans, c’est effectivement un enfant de 5 ans débordé par la pression de ses émotions qui va s’exprimer au mépris de toute prudence et de toute vision d’avenir.
Et si par hasard une de ses prises de position pouvait lui valoir d’accéder à la sympathie massive de l’opinion, immédiatement il serait embarrassé et forcé à se déjuger.

Quelques exemples : il a le choix d’opérer un rapprochement parmi plusieurs hommes d’états. Lesquels va-t-il choisir ?
Réponse: celui qui est le plus détesté par l’opinion publique internationale, et celui dont on s’attendait le moins qu’il devienne son allié du fait d’une défiance très ancienne.
Il doit se positionner sur une grande question de société, telle le réchauffement climatique. Quel camp va-t-il rallier ?
Réponse : celui des sceptiques, des opposants, qui ne peuvent être taxés de conformisme, ou même simplement de lucidité
Il est face à de terribles injustices sociales dans son pays. S’il lui est insupportable que l’on puisse lui prêter de quelconques sentiments de sympathie, d’empathie, de solidarité, que doit-il faire de l’assurance maladie nouvellement mise en place ? Déclarer son abrogation, naturellement.
Il doit diriger un pays qui est le plus multiculturel au monde, comment se positionne-t-il ? Réponse : de la façon la plus inversée possible, en fustigeant l’immigration, le multiculturalisme, en s’opposant à tout le monde, en dressant les uns contres les autres.
On lui demande s’il serait prêt à utiliser l’arme nucléaire ?
Sa réponse dépend de son ressenti affectif : c’est le point de vu le moins acceptable, le plus antisocial, celui qui fait de lui l’homme le plus inquiétant qui lui vient à la bouche.

Voilà ce que nous avons pu observer. Et certains craignent qu’il ne cesse pas d’attirer l’attention et d’attiser la haine par son attitude et ses propos déplacés alors même qu’il n’est plus président. Il n’a en effet aucune raison de changer la formule qui l’a propulsé dans sa fuite en avant.

Pouvons nous en finir avec l’inversion ?
Le renversement des valeurs suscité par l’inversion détruit la relation de confiance, le contrat social qui permet le vivre ensemble. S’opposer à l’inversion par le débat contradictoire ne sert à rien, car il s’agit d’une attitude paradoxale et irrationnelle. S’y opposer de manière dialectique c’est en nourrir le mécanisme. Ne rien dire, ne rien faire, c’est malheureusement laisser libre cours à ses effets destructeurs. L’inversé ressens dans son propre corps que lorsqu’il est animé de sentiments agréables il voit surgir des émotions insupportables. Lorsqu’il vit des émotions paisibles et agréables tout son psychisme se mets en état d’alerte et provoque un sabotage.
Un homme a remarquablement su nous montrer l’attitude juste : le Docteur Fauci, chargé de la communication sur le sujet de la crise sanitaire. Conscient de sa responsabilité, il se contentait de reformuler à l’endroit ce que le président avait dit à l’envers, et cela marchait.
Face à une personne inversée, la meilleure attitude consiste à reformuler au positif toutes ses paroles négatives, et ce qui est surprenant c’est qu’en général elle ne s’y oppose pas. Une part d’elle même sait que c’est la vérité et réalise que ce qui lui est interdit, c’est uniquement de l’exprimer.
A l’instant même ou il a su qu’il avait perdu les élections, Trump a dit qu’il avait gagné, pour autant il est clair que c’est juste son inversion qui parlait dans sa bouche. Il aurait été bon qu’une autorité soit en mesure de déclarer : « ce que le président Trump veut dire en réalité, c’est qu’il reconnaît sa défaite » !

D’expérience, il apparaît que pour que cessent les ravages causées par une attitude inversée il faut en arriver à une situation extrême.
Parfois cela abouti à une prise de conscience du sujet qui s’exprime en consultation : « j’aimerai que vous m’aidiez a comprendre pourquoi je me sens si mal, pourquoi je fuis tout ce qui pourrait me faire du bien, pourquoi je me sabote, pourquoi je fais le vide autour de moi »
Si ce n’est pas le cas, c’est à l’entourage de se protéger. Pas par la haine et le ressentiment, qui inévitablement ont tendance à s’installer vis à vis d’une personne inversée, mais par la compréhension du mécanisme et l’adoption de l’attitude de désinversion appropriée.

Dans le cas de Trump, la prise de conscience et l’entrée en thérapie n’a pas encore eu lieu et n’aura peut-être jamais lieu, et cela finalement lui appartient.
Il est assez rassurant que la haine contre lui semble peu s’exprimer par rapport au sentiment de compréhension qu’il n’est pas maître de ses paroles et de ses actes, et de soulagement qu’il soit simplement écarté du pouvoir.
Reste à rétablir le sens du vrai et en finir avec la notion de vérité alternative qui a contaminé le monde entier à travers les réseaux sociaux.
C’est exactement le programme annoncé par le nouveau président des Etats-Unis.

L’interstitium

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L’Interstitium, et si c’était la Rate ? (Article publié dans le MTC Mag numéro 61 octobre 2019)

Au cours de l’année 2018, une équipe de chercheurs annonçait avoir identifié une nouvelle fonction anatomique dans le tissu interstitiel humain.
Celui-ci, dénommé Interstitium, est une structure jusque là mal connue dont les propriétés et la physiologie ont été précisés dans une publication de la revue Nature (1)
De plus son étendue dans le corps a été réévaluée, on retrouve des cellules de l’Interstitium autour de la plupart des organes, des vaisseaux et dans le derme, ce qui en ferait la structure anatomique la plus vaste du corps. Certains ont même parlé de la découverte d’un nouvel organe.

Cette découverte avait fait l’objet d’un article la revue MTC Mag (décembre 2018)(2). Après avoir décrit en détail cette découverte scientifique, l’article rapportait que selon leurs auteurs ce tissu interstitiel diffus dans tout le corps pouvait peut-être expliquer le fonctionnement de l’acupuncture, ou encore représenter la base anatomique d’une fonction dont la localisation est ambiguë dans les textes canoniques de la MTC : le Triple Réchauffeur.

Pour ma part j’avais également été interpellé par l’annonce de cette découverte, car ce n’est pas tout les jours que l’on décrit littéralement un “nouvel organe” dans le corps humain, même si de fait il s’agit surtout d’une nouvelle fonction organique.(3)

Mais de mon coté j’avais pensé rattacher cette structure à … la Rate !

Vous conviendrez que c’est un résultat “diamétralement opposé”, au moins au sens de la relation midi-minuit qu’entretiennent ces deux organes/méridiens, mais je vais développer ici quelques arguments dans ce sens en rappelant ce qu’est l’Interstitium, ses propriétés, ainsi qu’en faisant un parallèle avec la description fonctionnelle et symptomatique de la Rate selon la MTC.

En particulier, ce progrès dans la connaissance de l’anatomie des tissus interstitiels est l’occasion de revenir sur le rôle quelque peu obscur de la Rate dans la Voie des Eaux.

L’Interstitium

Il est inutile de refaire ici une complète description de l’Interstitium et des découvertes récentes à son sujet, car tout est dit dans l’article du MTC Mag de décembre, auquel je conseille de vous reporter.

Mais nous pouvons retenir ceci : anatomiquement, il s’agit d’un tissu de conjonction connu jusque là sous le terme assez vague de “tissu interstitiel” ou “espace interstitiel”. On considérait jusque là qu’il s’agissait d’une sorte d’enveloppe de collagène résistante et relativement étanche. Il tapisserait tout les organes du corps tant sa présence a été repérée en de nombreux endroits : organes et conduits digestifs et pulmonaires, stroma des artères, veines, fascias et derme. En ce sens ce serait le plus vaste organe du corps, plus vaste encore que la peau.

Les études récentes montrent qu’il s’agit en fait d’une structure sous-muqueuse constituée d’espaces en forme d’alvéoles polygonales remplis de fluides délimités par des faisceaux de collagène d’une part, et bordées des cellules plates d’un genre spécial d’autre part.

Physiologiquement les recherches récentes ont mis en évidence une circulation de liquide lymphatique dans ces alvéoles sous-muqueuses. Il a été observé que cette circulation permet le passage de protéines, mais aussi de macrophages, d’agents pathogènes, et dans les cas de cancer, de cellules métastatiques. Pour cette raison l’Interstitium est donc qualifié de “pré-lymphatique” . Il n’a rien d’étanche, bien au contraire c’est une voie de circulation.

Pour le dire autrement, le tissu interstitiel n’avait jamais été étudié avec la finesse suffisante pour en comprendre l’anatomie et la physiologie. Il fallait bien pourtant expliquer comment les cellules du derme et des muqueuses sont nourries, drainées et comment circule la lymphe.

L’Interstitium serait le chaînon manquant du système nourricier et lymphatique : les artères, artérioles et capillaires amènent le sang à la sous-muqueuse. L’espace interstitiel forme un milieu liquidien permettant les échanges avec les cellules. Puis les vaisseaux lymphatiques drainent les liquides vers les ganglions puis le système veineux.

Le Triple Réchauffeur

L’article relate que les auteurs de la publication ont émis l’hypothèse de l’Interstitium comme support anatomique du Triple Réchauffeur.
Est-ce défendable ?
Il existe bien une ressemblance avec le TR qui est qualifié de plus vaste des entrailles creuse (Fu) , qui entoure tout les organes pleins (Zang). Il est dit également dans les Questions Simples que le TR “contrôle les canalisations et dirige les liquides dans la Voie des Eaux”.
Cependant toutes les fonctions du TR sont associées en premier lieu au Qi.
Il “contrôle toutes les formes de Qi” : le Qi complexe du foyer supérieur (Zong Qi) , le Qi nourricier (Ying Qi) du foyer médian, et le Qi protecteur (Wei Qi) du foyer inférieur et diffusé à la peau.
Il “mobilise le Qi originel” (Yuan qi) pour transformer le Qi complexe (Zong Qi) en Qi véritable (Zhen Qi).

Quand aux “canalisations et aux liquides”, il s’agit de ceux de la Voie des Eaux. Autrement dit de la circulation de la nourritures dans le système digestif , le tri et la distribution des énergies qui en sont issues, et non pas exclusivement des liquides interstitiels.

On rattache le TR au feu de la Terre, tout comme le Maître du Coeur, et non pas à la Terre.

Il est donc raisonnable d’en revenir à l’idée communément admise que le TR est anatomiquement et physiologiquement lié au système nerveux parasympathique. Le nerf vague, principale structure du système parasympathique correspond bien à une fonction disséminée qui régule toute la Voie des Eaux, et cela peut expliquer que le TR est décrit soit avec une forme dans les Questions Simples, soit sans forme dans le Classsique des Difficultés.

On peut se convaincre de cette interprétation en étudiant la symptomatologie du TR : instabilité thermique, hypervigilance, nervosité, bourdonnements d’oreille, grincements de dents, tensions musculaires en particulier le long du méridien, insomnie en début de nuit, perte d’appétit, digestion lente et difficile, en bref des signes de dérèglement du système nerveux autonome.
Au contraire stimuler le TR provoque le sommeil en début de nuit, ouvre l’appétit, relance le péristaltisme digestif, relance le système immunitaire, provoque la mise en route des fonctions de régénération de l’organisme, toutes fonctions clairement reliées au système nerveux parasympathique.

La Rate en Médecine Chinoise

Pour rapprocher l’Interstitium de la Rate il est nécessaire de préciser, parmi les différentes fonctions de la Rate , celle à laquelle nous pensons. La Rate en MTC recouvre plusieurs niveaux de fonction, qui peuvent être mis en relation avec l’anatomie et la physiologie telles que l’entend la Médecine Occidentale.

La Rate en tant qu’Organe a pour principale fonction de réguler la numération sanguine et en particulier le nombre de plaquettes, ce qui est décrit par l’aphorisme “la Rate retient le Sang dans les vaisseaux” . Une dysfonction à ce niveau (cela s’observe fréquemment à la suite d’un choc physique sur l’organe, tel une fissure de la rate) peut entraîner une mauvaise coagulation, des hématomes qui apparaissent sur tout le corps à la moindre occasion.

Le méridien de la Rate suit le trajet des ganglions inguinaux, mésentériques, axillaires, et si l’on prolonge le méridien, les ganglions du cou. Il est le recteur du drainage de la lymphe à travers les chaînes ganglionnaires. On peut penser que c’est une des raisons pour lesquelles “la Rate déteste l’humidité”, l’excès de celle-ci demandant un effort supplémentaire pour drainer les liquides organiques et résorber les oedèmes via les vaisseaux lymphatiques.

La Rate en fonction interne

Reste à décrire anatomiquement la Rate en fonction interne. C’est à ce niveau que l’analogie entre interstitium et Rate me semble valable si on la considère à la fois comme tissu lymphatique, réservoir des liquides, transporteur des métabolites, présent partout entre tous les muscles, les Organes et les Viscères.

La Rate gouverne les Jin et les Ye, autrement dit les liquides nourriciers et les liquides défensifs ou lubrifiants.
Selon Jacques-André Lavier, la Rate est liée au mésenchyme, c’est à dire le tissu embryonnaire duquel dérivent tous les tissus conjonctifs. On ne peut que faire la rapprochement avec la formule “La Rate est à l’origine de la naissance et du développement”.

L’Interstitium est le principal tissu conjonctif issu du mésenchyme. Si la Rate est analogue à l’Interstitium tel qu’il a été précisément décrit, c’est bien elle qui transporte la lymphe, l’eau du corps, à la fois nourricière et drainante. C’est l’océan primitif reconstitué, le substrat dans lequel toute la vie cellulaire s’épanouie. Pour prendre une image, c’est le milieu de culture des cellules que l’on fait croître in vitro en laboratoire. Comme si nos cellules étaient mises en culture dans un liquide nourricier. La Rate relève de l’élément Terre qui, humidifiée et réchauffée donne le milieu dans lequel se développe la vie.

La Rate en fonction interne “transporte de Qi dans les muscles, en particulier dans les 4 membres” et elle “fait monter le Qi Pur au Poumon pour qu’à l’aide du Coeur se forme le Qi correct”. Cela évoque la distribution du glucose aux cellules, ou il se combine à l’oxygène transporté par le sang pour produire l’énergie. Cela est particulièrement visible dans les muscles mais comme chacun sait “l’excès de réflexion épuise le Qi de la Rate”, ce qui s’expliquer au moins en partie par le fait le cerveau est le plus gros consommateur de glucose chez un humain au repos.

On doit aussi ajouter que c’est probablement le métabolisme du glucose qui explique le lien que fait la Tradition entre Rate et Pancréas au niveau de la voie des Eaux, ainsi que l’adage “le doux nourrie la Rate, en excès il la lèse”.

D’autre part “le Qi de la Rate mène l’impur vers le Foie et le Rein”, autrement dit les déchets métaboliques sont évacués vers ces organes, ce qui est le fait des vaisseaux et des citernes lymphatiques qui se joignent au circuit de retour veineux.

Enfin “la Rate maintient les organes”. Ce qui maintient les organes dans le corps ce ne sont pas seulement des ligaments et des masses graisseuses, c’est aussi l’eau contenue dans les espaces interstitiels qui, grâce à une pression suffisante, les mets en quelque sorte en flottaison. Nous pouvons donner l’image du ludion, ce petit gadget formé d’un bocal fermé, rempli d’eau dans lequel est placée une petite figurine qui tend à couler vers le fond, mais qui remonte dès que l’on exerce une pression sur le couvercle. L’effondrement du Qi de la Rate pourrait se traduire par des organes qui ne flottent plus dans les cavités viscérales du fait du manque de pression hydrostatique.

La Rate est logiquement facilement agressée par l’humidité externe (elle est avec le Poumon la régulatrice de l’Humidité).

L’équilibre hydrostatique dépend de la concentration en sels minéraux (le sel “retient l’eau” par effet d’osmose), et cela correspond à l’adage “l’excès de salé blesse la forme de la Rate”

Nous observons à travers l’aspect des lèvres “roses et humides” et de la langue “rose et ferme, qui ne porte pas l’empreinte des dents” l’état d’équilibre de la Rate.

La Rate dans la Voie des Eaux

Lorsque j’ai commencé à étudier la Médecine Traditionnelle Chinoise, il m’a été plus ou moins facile d’opérer des rapprochements entre les fonctions décrites par la MTC et l’anatomie-physiologie occidentale.
En particulier chaque organe décrit à la façon occidentale semblait trouver naturellement sa place dans la Voie des Eaux, mais je butais sur le rôle de la rate. Comment cette sorte de gros ganglions filtrant le sang pouvait-il “contrôler l’assimilation” dans tout le corps. Il s’agissait forcément de quelque chose d’autre. D’autant que vivre sans rate est possible.

Notons que dans cette interprétation le rôle de la Rate dans la Voie des Eaux prends enfin tout son sens. Anatomiquement, à la suite des organes du tube digestif, l’Interstitium/Rate est bien le transporteur du Qi de la nourriture pour qu’il se combine au Qi du foyer supérieur pour apporter le Qi vrai au coeur des cellules.
Cette analogie anatomique et fonctionnelle opère un rapprochement intéressant entre la symptomatologie de la Rate en MTC et la symptomatologie en Médecine Occidentale tels que ptôses d’organes. diabète de type 2, troubles liquidiens et lymphatique …

De même dans les horaires, l’enchaînement Foie, Poumon, Gros Intestin, Estomac semblait tout à fait logique dans l’évolution du métabolisme au cours d’une journée, mais la Rate à la suite de l’Estomac me posait question.
Et que signifiait l’expression “la Rate nourrit les muscles et gouverne la Chair”? Quel tissu pouvait-on appeller Chair, sachant qu’il ne s’agissait ni des muscles, ni de la peau , ni des os, ni des organes creux ou pleins…

Dans mes cours, la MTC décrivait la Rate comme un organe essentiel pour distribuer les nutriments issus du foyer médian (Estomac, Vesicule Biliaire, Pancréas, Intestin Grêle) dont l’énergie devenait disponible grâce à la respiration et à la circulation dans le foyer supérieur (Poumon et Coeur) avant élimination par les différents organes filtrants et exfiltrants du foyer inférieur (Foie, Rein, Vessie et Gros Intestin). Mais à quelle structure anatomique la rattacher ?
Il me semble que l’Interstitium, tel qu’il est décrit aujourd’hui avec précision et exactitude, remplit très exactement ce rôle : mettre en contact chaque cellule avec le sang qui rempli le double rôle de fournir les nutriments et de drainer les déchets métaboliques, réguler la quantité de liquide pré-lymphatique et lymphatique, faire circuler les éléments du système immunitaire etc …
Parce qu’il est également sous-muqueux, il distribue les liquides défensifs et lubrifiants.

En conclusion

Rapprocher les textes traditionnels de la MTC et l’anatomie-physiologie occidentale n’est pas chose aisée. Mais on ne peut qu’être agréablement surpris à chaque fois qu’une nouvelle découverte vient mettre en lumière la valeur des observation cliniques et des principes thérapeutiques de la MTC.

C’est le cas avec la publication en 2018 dans la revue Nature de l’observation, par de nouvelles méthodes de microscopie in vivo, du fonctionnement de l’Interstitium, tissu conjonctif interstitiel qui tapisse l’ensemble de muscles, organes, viscères, vaisseaux, muqueuses, et la peau …
Celui-ci n’est pas un simple tissu de maintien et de soutien.

Ce tissu formé d’alvéoles de collagène remplies de lymphe est décrit comme pré-lymphatique car il a la propriété de faire circuler de proche en proche les métabolites et les cellules de l’immunité depuis le sang jusqu’aux cellules.

Nous avons montré qu’il peut être analogiquement relié à la Rate dans sa fonction interne.

Bibliographie

(1) Article de l’équipe du Dr Neil Theise (Mount Sinai Hospital de New York) dans Scientific Report , cité dans Science et Avenir Août 2018.

(2) MTC Mag numéro 58 décembre 2018 auteur Anne Bénard

(3)Science et Avenir février 2019 “D’intrigants nouveaux organes”.

L’auteur

Etienne Lang est praticien en Energétique Traditionnelle Chinoise à Mont-Dauphin (Hautes-Alpes).
Il est également certifié en Psychosomatique Clinique et Humaniste.

L’hiver énergétique

Photo Etienne Lang

Qu’appelle-t-on hiver ?
Pour le calendrier, c’est la saison qui débute le 21 décembre. En météorologie, ce sont les trois mois froids de décembre, janvier et février. Pour ce qui est de la physiologie humaine, c’est la période des jours les plus courts centrée sur le solstice d’hiver.
En Médecine Traditionnelle Chinoise, l’année est répartie en « cinq saisons », mais en réalité la « cinquième saison » est constituée des quatre périodes intermédiaires qui permettent de passer d’une énergie à une autre. L’hiver commence donc au 15 novembre, est à son maximum au 21 décembre et s’achève au 27 janvier. Il est suivi par une intersaison de 18 jours qui peut le prolonger si le temps est froid et maussade ou au contraire préfigurer l’énergie d’un printemps précoce.

Dans le cycle annuel, l’hiver énergétique est une période de repos que l’on pourrait comparer au milieu de la nuit dans le cycle d’une journée. Cela est du notamment à la production importante de mélatonine, l’hormone du sommeil dont le taux augmente dès que le soleil se couche. La fatigue ressentie dès le début de soirée peut-être désagréable, pourtant elle n’a rien de pathologique, c’est une incitation naturelle à mettre tout l’organisme au repos, sur un mode de récupération. Nous devrions accepter de dormir plus et de remettre à plus tard tout ce qui n’est pas urgent.
L’état d’intériorisation, de nostalgie, voir de grande lassitude qui l’accompagne n’est pas plus anormal et nous ne devrions pas nous en inquiéter, mais au contraire en profiter pour faire une sorte de nettoyage émotionnel de fin d’année avant de nous projeter vers l’avenir.

La nature est bien faite, comme m’en témoignait un voisin et ami âgé, qui se souvenait avoir vécu dans sa jeunesse la rude vie des paysans de montagne : « le soir, on faisait la veillée, mais la lumière de la lampe à pétrole était bien faible, alors on allait se coucher tôt. On dormait énormément, tellement que mon oncle qui s’était écrasé un disque vertébral était resté allongé tout l’hiver, et s’était relevé tout neuf, tout guéri. En février on n’en pouvait plus de dormir, on répandait de la cendre sur la neige pour la faire fondre, on était en forme, impatients de se remettre au travail. Aujourd’hui, il y a la lumière électrique, la télévision, ces fêtes de Noël et de Nouvel An ou l’on mange trop, on s’agite pour des cadeaux, ou l’on fait des sport d’hiver. On sort de là épuisé au lieu d’être reposé, et évidement on tombe malade… »

Notre organisation sociale, notre mode de vie basé bien plus sur la continuité des services que sur le rythme des saisons ne nous permet plus de respecter ce rythme biologique. Néanmoins il nous est possible de limiter les dégâts provoqués sur notre organisme en suivant quelques règles simples : éviter les soirées qui trainent inutilement en longueur, et aller se coucher tôt. Anticiper les préparatifs des fêtes et vivre une période de Noël plus authentique, plus reposante. Et surtout, remettre à plus tard (c’est à dire au mois de février) tout ce qui peut l’être. L’énergie reviendra et ce qui mettrait des jours à se faire à contrecœur pourra se réaliser en quelques heures avec enthousiasme.

Le bénéfice d’une saison énergétique hivernale bien gérée est difficile à imaginer tant que l’on ne l’a pas vécu. Pourtant il peut être immense. J’en veux pour preuve ce témoignage d’un ami avec le quel nous étions sortis en raquette au mois de décembre. Il s’était agacé de me voir marcher lentement et refuser de monter jusqu’au sommet. J’avais argumenté sur la théorie de la médecine traditionnelle chinoise et le respect des rythmes naturels. Piqué au vif, il s’était pris au jeu. Quelques mois plus tard il me racontait : « c’est incroyable, au printemps, je me suis senti dans une forme olympique, et le plus fort c’est que ça dure. A simplement réduire mes entrainements pendant deux mois, c’est toute ma saison d’été qui y a gagné. Voilà dix ans que je ne m’étais pas senti autant en forme ! ».

J’ai recueilli également le témoignage d’une personne qui avait terriblement échoué à un concours crucial pour sa carrière, alors même qu’elle avait travaillé dur de décembre jusqu’à l’échéance du mois de mars. Je lui avais alors conseillé une stratégie audacieuse : pour la seule et unique session à laquelle elle pouvait se représenter, il lui faudrait… ne rien faire jusqu’à fin janvier. « Rien ? »
-Rien du tout, repos absolu.
-Sûr ? Mais le concours est le 10 mars !
-Absolument. Ensuite, de fin janvier à mi février, lecture, remise en mémoire de toutes les notions, sans forcer. Puis jusqu’au concours, cette fois bachotage intensif.
– ça me parait fou, mais je ne me sens pas capable de toute manière de revivre la même chose que l’hiver passé, à tenter d’étudier alors que toute mon âme et tout mon corps aspirait au repos.
J’avais reçu plusieurs coups de fils inquiets en décembre et en janvier, mais elle s’y était tenue. Le résultat avait dépassé ses espérances : sortie major du concours, elle avait été recrutée immédiatement pour un poste dont elle n’avait même pas osé rêver.

Plus tard, j’ai entendu une interview de Cyrille Neveu, le champion du monde de triathlon qui confirmait tout cela parfaitement. Il répondait à cette simple question du journaliste : accepteriez- vous de nous révéler quel est votre secret pour gagner ?
– Mais c’est un secret de polichinelle ! L’hiver, c’est à dire en novembre, décembre et janvier, plutôt que de m’entrainer, je me repose. 15 kilomètres par jour de ski de fond, c’est tout, pas de piscine non plus. En février, c’est vrai que je suis derrière les jeunes. Ensuite, je suis devant jusqu’en octobre !

En résumé, l’hiver est fait pour se reposer, recharger les batteries (ce que la médecine traditionnelle chinoise appelle « préserver et remonter l’énergie du Rein »), réparer l’organisme, évacuer le stress de l’année écoulée. Les semaines de janvier sont précieuses, elles doivent être consacrées à cela car dès que les jours s’allongent significativement au cours du mois de février, on repart dans un nouvel élan (ce qui est marqué traditionnellement par le nouvel an chinois).
Faites bon usage de ces derniers moments de repos.
Et passez une très bonne nouvelle année.